Le désertificateur
Monsieur le Président
Je vous dédis ce poème
Que vous lirez certainement
Si vous aimez la misère
Je viens de m’inscrire
Ce matin dans la légion
Enfin mon rêve se réalise
Je vais servir la nation
Depuis le temps que je patiente
A vouloir toucher aux armes
Maintenant je peux me défendre
J’ai enfin l’âge de me battre
Je suis enfin un militaire
Cela me fait tant plaisir
J’aime tant faire la guerre
Pour elle, je pourrais mourir
J’aime l’ordre, la discipline
La rigueur ne me fait pas peur
L’armée sera ma famille
Mon équipement mon porte-bonheur
Aujourd’hui est un grand jour
Je deviens un destructeur
Maintenant et pour toujours
Je serai un désertificateur
Monsieur le Président
J’ai tant à vous dire
Accordez-moi quelques instants
Partagez mon plaisir
Que les années furent longues
J’attends depuis mon enfance
Tout ce temps que j’affronte
M’apporte enfin ma récompense
Dès l’âge de dix ans
Avec mes copains dans la forêt
Nous simulions des guerres, c’était marrant
J’étais le plus fort, toujours je gagnais
A douze ans, papa m’a offert
Une mitraillette, c’était Noël
Maman, un poster de Scharzenegger
Au dessus de mon lit, il veillait sur mon sommeil
J’ai vu tant de guerre
Depuis que je suis né
Tant de gens y sont morts pour elle
Même mes grands-parents y sont restés
J’ai connu tant de déception
A présent rien ne peut m’arrêter
Tous ces massacres, ces désolations
J’aime ce métier, c’est ma seule destinée
Monsieur le Président
Veuillez agréer mon admiration
Monsieur le Chef des Armées Tout Puissant
Veuillez accepter ma dévotion
Je partirai de bon matin
Voir le monde recouverts de tombes
Et j’écouterai sur mon chemin
Le chant divin des balles et des bombes
Je marcherai de régions en régions
Pour tuer les gens bien innocents
J’envahirai les mers, les nations
J’attaquerai tout même le néant
Je pillerai des villes, violerai ses filles
A moi la gloire, le respect et la fortune
Je détruirai mon passage pour en faire un carnage
Il ne restera que des ruines et des dunes
L’avenir m’appartient
Monsieur le Président
Bientôt je ne laisserai plus rien
Même pas un président
Prévenez votre population
Un homme va faire régner la terreur
Abattez-le, ce n’est qu’un petit pion
Arrêtez-le, c’est un désertificateur
Révoltère